L’apparition du Multimedia

Pour comprendre l’arrivée du multimédia dans les musées je citerai Jean Davallon qui en 1992 s’interrogea sur le musée et la médiation :

« Le modèle du musée ne peut plus être celui de la relation d’un spectateur au tableau, sinon le dispositif risque de se réduire à une rencontre sans voix de l’objet et de sujets épars ne constituant en aucune manière un public.« 1

Source: http://www.club-innovation-culture.fr/jessica-fevres-de-bideran-la-realite-augmentee-au-musee-une-mediation-en-experimentation/

Les masques et la borne interactive Directiv Vision. © Muséum-Département du Rhône/Patrick Ageneau.

 Face à cette problématique, pour rendre le discours et la présentation des œuvres vivantes et attractives, le multimédia fut choisi comme solution. Le multimédia fit son apparition dans les musées à travers les bornes interactives, bien avant la commercialisation de dvd/cédéroms. Pour Geneviève Vidal, ces bornes ont contribué à l’acceptation, voire la banalisation de la borne comme instrument muséographique dans les espaces d’information et d’exposition.2

 Cette volonté d’installer des éléments multimédias dans les musées, permit une certaine acculturation au multimédia de musée. L’adoption des écrans et des bornes multimédias au sein des musées incita les chercheurs à s’intéresser sur ces nouvelles pratiques. Agnès Vigué-Camus souligne dans Publics et Musées de 1998 les avantages de ces nouvelles technologies :

« En effet les postes interactifs parlent, envoient des messages visuels et sonores. L’écran focalise l’attention, l’œil de l’auditeur étant en quelque sorte accroché par cette zone lumineuse. En outre par la médiation du casque accompagnant l’écran, l’utilisateur est pris dans un flux de paroles et de vibrations qui donnent à l’énoncé une autre texture, le faisant exister dans un univers, non plus seulement visuel mais sonore.« 3

Dans son développement Agnès Vigué-Camus met en avant les travaux de Sheey Turkle qui explique que l’écran pourrait être investi aussi au plan de la représentation imaginaire, induisant en cela un rapport d’usage qui déborde largement la dimension fonctionnelle de l’objet.4 Ce sont surtout les possibilités d’interactions qui paraissent prometteuses à ces chercheurs, et mettent en perspective un autre usage qu’une simple recherche documentaire, mais bel et bien un jeu avec le travail d’acquisition du savoir.5

Mais le tournant apparut en 1995. La commercialisation de cédéroms a rencontré un vif succès, principalement grâce aux cédéroms du Louvre coproduit par la Réunion des Musées Nationaux.6

source: https://i1.wp.com/www.artchive.com/cdrom/louvre/louvre.jpg

Le Louvre: Palace & Paintings. Reunion des Musees Nationaux. « 1995

source:https://i1.wp.com/decitre.di-static.com/media/catalog/product/cache/1/image/9df78eab33525d08d6e5fb8d27136e95/3/5/8/8/5/3/0/1/3588530130017FS.gif

MUSEE D’ORSAY. Visite virtuelle, CD-Rom, éditions Montparnasse Multimédia.

La Réunion des Musées Nationaux a fortement encouragé par ses actions la multiplication et l’élaboration des cédéroms éducatifs et culturels.Ceci a largement contribué à l’intégration du multimédia dans la société française en cette fin de XXe siècle.7

Le format Cédérom permit à l’utilisateur d’expérimenter les premières visites virtuelles, comme le proposa Orsay, visite virtuelle. Cette visite du Musée d’Orsay fut une petite révolution. L’interactivité et l’engouement pour ces environnements modélisés dans lesquels les utilisateurs peuvent évolués, font le succès de telles applications.

Les musées furent des précurseurs dans cette pratique, augmentant ainsi leur visibilité. Les contenus multimédias culturels furent également mis à disposition du grand public dès 1995 dans la bibliothèque publique d’information du centre Georges-Pompidou à Paris. L’installation de postes informatiques et la mise à disposition des encyclopédies Hachette et Universalis sous leurs formes cédéroms, et des postes informatiques pourvus des cédéroms présentant des parcours dans les musées ont attiré le public et ont permis aux personnes n’ayant pas d’ordinateur à leur domicile de découvrir une autre façon de s’instruire ludiquement.8

Cela peut prêter à sourire de nos jours, mais les cédéroms et leurs possibilités furent vus comme des bêtes curieuses par la majorité du public. Grâce à cette interactivité ils se révélèrent être très attractifs au premier abord. Agnès Vigué-Camus analyse l’impact de cédéroms comme Cézanne, elle explique ainsi l’impact de ces nouvelles stratégies de médiations culturelles :

« Appréhender la voix d’un homme avec lequel on engagera une conversation par le biais de la souris, se projeter dans un scénario, tous ces processus pourraient participer à une re-élaboration d’un acte d’apprentissage. Cet acte se teint alors d’un autre couleur. Il s’agit non plus d’une réalisation laborieuse, issue d’un texte désincarné, mais d’une pulsion émotionnelle qui s’inscrit différemment dans le cours de l’activité. »9

L’émotion, mais surtout la proximité rend un contenu vivant. L’une des personnes interrogées sur sa première expérience sur un cédérom déclara qu’elle ne voyait pas cela comme un travail intellectuel mais plutôt comme un jeu.10 De nombreux éléments se réfèrent très tôt au jeu interactif, le succès du cédérom passa par son côté ludique, du fait de la nouveauté du support et de l’interactivité nouvelle. Mais ces réalisations ludiques au premier abord par l’approche de ces technologies ne furent pas conçues comme des jeux malgré la demande des utilisateurs.

En l’espace d’une dizaine d’années, le terme numérique se démocratisa progressivement. L’ère du cédérom laissa place à de nouveaux supports et l’exploration des contenus multimédias ne cessa de s’approfondir. Mais avant d’aller plus en avant, il nous semble important de revenir sur une révolution numérique parallèle, internet. Les musées et autres institutions culturelles ont très vite mesuré l’ampleur du multimédia sur leurs infrastructures. En 1997, la table ronde du Museums Association Conference, conclut que :

« Les musées auront toujours besoin de transmettre des contenus, et l’Internet est un outil précieux pour diffuser une telle information à un nombre exponentiel de visiteurs. »11

Mathias NICOLAS


Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s